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 infox FRELONS 😰️



︎ Est-ce dangereux ou risqué de côtoyer des frelons ?


Au contraire, leur présence est plutôt à espérer (pour les frelons à pattes jaunes, voir plus bas). Ces insectes sont craintifs (à environ plus de 5m de leur nid), discrets, pollinisateurs ou encore prédateurs d’autres insectes. Ils sont aussi des proies pour d’autres animaux. Ils recyclent également le bois mort en l’utilisant pour la fabrication du nid en papier mâché. En fin d’été, ils recyclent les fruits mûrs tombés au sol. Etc. 

Leurs infiniment rares piqûres ne sont pas “dangereuses”(sauf quelques personnes allergiques). Une ou plusieurs piqûres (rarissime) ne sont pas léthales. Il en faudrait des dizaines ou plutôt centaines, ce qui n’arrive “jamais”, pour se sentir mal.

Les côtoyer n’est pas non plus “risqué” hors des alentours très proches du nid (et encore). 


Alors pour aider à se “détendre un peu du frelon” et voir comment ils se comportent en notre présence, voici une petite vidéo :  






︎ Qui veut la peau des frelons “asiatiques” ?

Qui décide de qui doit vivre ou mourir ?

Qui “aime la nature” de façon sélective ?

Qui stigmatise toute une espèce à partir de quelques individus ?  



(article en constante amélioration, extrait “premier jet” de mon prochain livre sur les “espèces exotiques” à paraître chez Belin sciences à l’automne 2020, à partir des photos de Cyril Ruoso)


⚠️️🗯️ Qu’il y ait une ou des centaines de ruches ennuyées par des frelons à pattes jaunes, il s’agit ici de dépasser nos ressentis et d’analyser notre façon personnelle de voir et vouloir la “nature”. Et de se questionner sur notre propension à stigmatiser une espèce dans son entièreté, comme si chaque individu était ennuyeux. Ce qui n’a pas de sens car il n’existe pas de “mauvaise espèce” en soi. Dans ce cas, je trouve que jeter l’opprobre sur une espèce nous empêche de voir le vivant pour ce qu’il est, malléable et vivant, justement, individuellement, comme nous.   


Zoologie et étymologie

Insectes hyménoptère de la famille des vespidés (guêpes, surtout sociales).

Nom vulgaire : Frelon à pattes jaunes ou « frelon asiatique »

Nom scientifique : Vespa velutina nigrithorax

Répartition : Asie du sud-est où l’espèce est divisée en une douzaine de sous-espèces réparties dans une vaste aire allant de l’Afghanistan à l’Indonésie. Désormais une partie de l’Europe de l’ouest.

Vespa signifie « guêpe » en latin. Frelon viendrait du franc hurslo auquel un « f » a été ajouté, ou de frêle, eu égard à la minceur de sa taille, voire de frêler qui signifie brûler (comme sa piqûre) dans le Berry ? La sous-espèce nigrithorax signifie « au thorax noir ».


Histoire de leur arrivée en France

Les ancêtres des populations européennes vivaient jusqu’en 2004 en Asie continentale, et plus exactement dans les environs de la ville de Shangaï. Cette année-là, une ou plusieurs femelles hivernantes et abritées dans des poteries pour bonzaïs, sont arrivées par bateau en France, puis chez un horticulteur du Lot-et-Garonne.

Ce dernier a reçu son colis au printemps, période idéale pour qu’une reine fécondée sorte de son hivernation et commence à fonder sa colonie. A partir de cette seule introduction, ces animaux sont désormais présents presque partout en France, s’installe en Allemagne, Angleterre, Espagne et continuent sur l’ensemble de la zone biogéographique qui correspond à celle d’origine et pour laquelle ils sont adaptés (climat et environnement).

Les chercheurs ont d’ailleurs modélisé les caractéristiques de leur région d’origine, pour anticiper où ces insectes seraient susceptibles de s’installer dans le monde. L’une des zones les plus sombre de leur modèle, c’est-à-dire qui correspond le plus à la région d’origine, est… l’Aquitaine ! Il était donc quasiment certain que ces frelons s’installeraient un jour ici, à moins que les échanges avec l’Asie eussent cessé.

D’ailleurs des individus ont déjà été reportés un peu partout dans le monde, seulement ils étaient isolés et mourraient sans que les conditions de leur installation soient réunies.

Ces frelons sont l’archétype de ce que nous appelons une « espèce exotique envahissante » (EEE) : arrivée d’ailleurs, sans que nous l’ayons voulu, se naturalisant sur place, étendant leur territoire rapidement et s’attaquant parfois à nos biens (ici les ruches).

Cette dénomination est officielle, et il n’en faut pas moins pour qu’une espèce soit stigmatisée et mal aimée, y compris de naturalistes et du public, dans son entièreté. Comme si chaque individu frelon à pattes jaunes d’Europe était un souci pour nous. 

[Effet de surconfiance ?] 
Avec un sujet qui fait autant appel à nos ressentis (miel, gentilles abeilles, vilains frelons étrangers, invasion, etc.), il n’est pas rare que nous soyons davantage promptes à ce que le biais cognitif dit “de surconfiance” (ou effet Dunning-Kruger) soit en action. Ce biais se traduit par le fait que les moins qualifiés dans un domaine (ici l’entomologie, la biologie, la sociologie, l’apiculture, etc.) surestiment leur compétence. En effet, beaucoup de personnes ont un avis sur ces frelons. Ont-elles pour autant réellement creusé le sujet, sous toutes ses facettes et de façon objective ? Lorsqu’un sujet éveil spontanément autant de ressentis en nous, il est alors bien plus prudent de ne pas se laisser aller à nos premières impressions, au contraire.

Comment vivent-ils ?

Comme les autres guêpes sociales, la vie des frelons alterne entre solitude de la reine et vie en communauté. Avant l’hiver, tous les individus meurent, exceptées les femelles fécondées par les mâles, les futures « reines ». Avant de fonder leurs colonies, elles passeront l’hiver seules, en veille (= diapause) et cachées dans un abri : tas de bois, anfractuosités, sol, poteries, écorce, etc. Au printemps, elles sortent et cherchent l’emplacement idéal où fixer leur nid. Elles se battent alors entre reines, ce qui augmente fortement leur taux de mortalité. C’est aussi à ce moment que des apiculteurs posent le plus de pièges, espérant éviter les installations de nids, même s’il semble que cela ne soit pas efficace, voire contre-productif car moins efficace que les combats de reines, plus meurtriers.

La fondatrice commence la construction du nid, en rognant du bois mélangé à de la salive. La pâte à papier ainsi obtenue est l’ingrédient principal du nid des guêpes sociales, des alvéoles à l’enveloppe extérieure. Elles pondent ensuite et nourrissent les premières larves écloses. Lorsque celles-ci deviennent des ouvrières ailées, elles prennent le relai de la reine et lui permettent ainsi de rester définitivement au nid et pondre à l’abri. A partir de là, c’est le reste de la colonie qui construit, garde, chasse, nourri, aère ou humidifie.

La chasse permet de nourrir les jeunes larves cachées au fond de leurs alvéoles. Parmi les proies, les abeilles domestiques en sont de choix : en groupes, nombreuses, y compris en ville, et peu combatives. En effet, des siècles d’élevage et de sélection humaine ont fait des principales variétés d’abeilles des animaux dociles et peu agressifs. De plus, les maladies, les parasites (l’acarien varroa notamment), des paysages monotones et sans fleurs sauvages et certains pesticides viennent les rendre encore plus vulnérables. Elles sont donc une manne pour ces frelons, ou d’autre prédateurs comme l’autre frelon, des oiseaux ou mammifères.

Cependant, les frelons à pattes jaunes ne mangent pas que des abeilles de ruches. Ils attaquent une variété de proies, et notamment celles qui vivent en groupes, dont leurs cousines guêpes sociales qu’ils attendent à la sortie du nid, ou des mouches sur une bouse. La proie est ensuite transformée en bouillie alimentaire à coup de mandibules, et rapportée au nid. Les adultes, eux, mangent du sucre qu’ils trouvent dans le nectar des fleurs ou les fruits mûrs. Ils aspirent aussi ce que les larves exsudent : des sécrétions salivaires avec des sucres et des acides aminés qui leur permettent d’obtenir les protéines qu’ils ne peuvent digérer ailleurs.

A la fin de l’été, lorsqu’il n’y a quasiment plus de larves à nourrir, ils sont sur les fruits mûrs, en compagnie de leurs cousins rayés jaune et noir, les « frelons d’Europe », aux mœurs très proches.

Puis arrive l’hiver, tous les frelons meurent, le nid est abandonné définitivement, et les reines partent hiverner, seules. 


Que leur reproche-t-on ?

Leur principal inconvénient vient du fait que certaines de leurs populations s’attaquent à nos protégées : les abeilles domestiques. Ces frelons s’ajoutent ainsi à la longue liste des ennuis auquel le monde apicole doit déjà faire face et pour lesquelles il est obligé de repenser régulièrement ses pratiques : maladies, parasites, pesticides, aménagement du paysage, agriculture intensive, demande économique, etc. Pourtant, assez rapidement, il a été placé sur la liste des « espèces exotiques envahissantes » (EEE) de l’Union européenne.

Mais l’idée répandue selon laquelle ces frelons seraient une menace pour la production de miel ou la pollinisation par les abeilles domestiques est globalement erronée. En effet, d’une part elles sont loin d’être les seuls insectes pollinisateurs, il existe plus de 10 000 espèces pollinisatrices en France, dont ces frelons, et d’autre part les attaques visent surtout les ruches faiblardes.

Si ces insectes n’avaient attaqué que des mouches ou d’autres insectes « quelconques », voire ennuyeux pour nous, personne ou presque ne s’en serait plaint. Et auraient-ils été ainsi fichés ? Est-ce aussi à cause de leur origine « étrangère » et de leur nom inquiétant de “frelons” qu’il est plus facile de les stigmatiser aujourd’hui ?

Seulement les amateurs et les professionnels du miel sont nombreux, et le public a tendance à croire que seules les abeilles domestiques pollinisent. Ce qui joue aussi beaucoup en leur défaveur, seraient leur adaptabilité parfaite et expansion rapide, chose rare pour la plupart des êtres vivants introduits (voir Introduction). Cette expansion devrait pourtant se stabiliser ou décroître à moyen terme, comme c’est le cas pour de nombreuses introductions (voir Introduction).

On peut ajouter que son nom « frelon » est encore et toujours associé à un animal « dangereux », « agressif » et « piquant ». Pourtant, il n’en est quasiment rien, comparé aux autres piqueurs (abeilles domestiques, guêpes sociales, taons, moustiques, etc.). Ces sont des animaux craintifs, discrets et quasiment inoffensifs loin de leur nid. De plus, une piqûre de frelon est moins toxique qu’une piqûre d’abeille domestique par exemple.

Nos processus psychologiques et culturels à leur égard rappellent d’ailleurs ceux qui concernent le loup :  un nom qui fait peur, arrivé d’ailleurs et qui s’attaque à nos protégés ayant des syndicats ou des fédérations protectrices (brebis, chèvres, abeilles domestiques, gibier). Cela dit, comme le loup, il sont de nouveaux prédateurs à gérer pour des travailleurs agricoles. Leur présence nécessite des changements, et peu d’entre nous sont promptes à changer d’habitudes. Certains métiers sont à repenser, ce qui nécessite un effort.

Sans oublier que certains animaux non-humains, leurs proies, n’avaient jusque-là pas ces soucis à gérer, frelons ou loups. Un autre point est à préciser ici (observations personnelles), la présence des humains semble moins les gêner que les autres frelons, ils nous côtoient davantage, se remarque donc plus facilement. Ils n’en restent pas moins inoffensifs et ne nous « calculent pas ».


Que nous apportent-ils ?

S’il est encore trop tôt pour mieux définir leurs impacts positifs, il est déjà une nouvelle espèce à inscrire dans notre biodiversité : nous voilà avec deux espèces de frelons ! Il est aussi, subjectivement, un très bel et gros insecte à voir voler et vivre autour de nous. Sa technique de capture des proies en vol statique pourrait susciter l’admiration tant le spectacle est impressionnant.

Aussi, comme tous les prédateurs, il grignote nos indésirés, notamment les insectes regroupés, comme les autres guêpes sociales ou des mouches rassemblées. Il est aussi lui-même au menu de plus gros prédateurs, comme des oiseaux ou des mantes religieuses, par exemple. Il recycle aussi des cadavres ou autres déchets protéinés qui traînent, ainsi que les fruits mûrs tombés au sol. Comme les autres guêpes, ils participent à la pollinisation en allant butiner des fleurs. Etc.

Enfin, ironie du sort, ils nous rendent presque les frelons d’Europe fréquentables et bienvenues, notamment car ils sont plus discrets, moins mangeurs d’abeilles domestiques et davantage « de chez nous » !


[Inoffensif]
Leur nid étant le plus souvent situé hors de portée (plus de 5 mètres de nous), les frelons préfèrent simplement nous ignorer. Ainsi, comme les frelons européens, ces insectes sont inoffensifs. Le risque relatif de se faire piquer et qu’il y ait des conséquences est extraordinairement faible. Les piqûres sont quasiment inexistantes et seulement accidentelles. De plus, il en faudrait des dizaines, parfois des centaines, pour qu’une personne en bonne santé se sente vraiment mal. Ce qui n’est quasiment jamais le cas puisque la majorité des nids sont hors de portée. Seules les personnes allergiques pourraient se poser la question de les côtoyer, et encore, les frelons sont des insectes qui nous fuient et nous ignorent. La crainte due à leur présence est injustifiée, irrationnelle et destructrice, comme pour les autres guêpes et bien d’autres animaux. Nous faisons encore une fois des erreurs de raisonnement, en faisant d’anecdotes des généralités abusives.



[Le nid secondaire]
Le nid primaire est souvent bien caché, parfois assez proche du sol, sous un abri, voire dans une haie ou un nichoir à oiseaux. Lorsque la colonie grandit, elle est parfois obligée de construire un « nid secondaire » plus grand (jusqu’à 1m de diamètre), en général en hauteur, parfois très haut dans un arbre. Habité par 2000 individus environ et aussi impressionnant soit-il, s’il est à plus de 5 mètres de nous, ses habitants nous ignorent.  


Comment éviter leur compagnie ou vivre avec eux ?

L’installation de cet insecte en Europe semble bien pérenne, comme c’est le cas de « nos » guêpes européennes que nous avons introduites par mégarde ailleurs dans le monde. Aucune mesure ne peut les éradiquer à ce jour, dont le piégeage à l’aveugle, inefficace, et qui tue bien d’autres insectes, pour rien.

En attendant un éventuel piège à phéromones (odeurs) qui n’attirerait que cette espèce, il semble qu’une apiculture plus adaptée soit la meilleure solution (races d’abeilles robustes au comportement plus adaptée, colonies en pleine forme, meilleur environnement, etc.). On peut aussi s’aider d’une muselière inventée par un apiculteur et qui, placée autour de l’entrée de la ruche, semble être la mesure la plus efficace à ce jour pour empêcher ces frelons de chasser. Et des apiculteurs çà et là imaginent différents dispositifs, plus ou moins efficaces.

Mais si l’on n’est pas apiculteur, professionnel ou amateur, il est tout à fait possible de vivre avec ces animaux, en évitant d’approcher leur nid ou de laisser près de nous le moins possible d’appâts qui les attirent : poissons, crevettes, viandes, fruits mûrs, etc.

Le risque zéro n’existant pas, il y aura toujours çà et là des exceptions (un nid dans une haie proche de nous, par exemple). Doit-on pour autant haïr l’espèce dans son entièreté ? L’attitude la plus raisonnable semble être de rester vigilant, de rester serein et de ne pas laisser nos ressentis locaux stigmatiser toute une espèce.




︎ Observer un frelon à pattes jaunes 


Mon article sur le site Défi-écologique





Les 3 photos ci-dessus ©entomart.be 


︎ Une rencontre pas comme les autres… ou comment des frelons à pattes jaunes nourrissent “nos” mantes 🧐️




Lors d’une de mes formations « Les insectes à la loupe » organisée avec le Domaine du Rayol (Conservatoire du littoral) du 23/09/17, nous avons rencontré plus de 150 individus insectes de 74 espèces différentes. Tous sont passés sous une bonne loupe, dévoilant à chacun.e quelques-uns de leurs secrets : yeux, antennes, bouches, poils, pattes, « oreilles », stigmates respiratoires ou encore nervures des ailes.

Chaque observation a été l’occasion d’entrer dans leur monde, de se mettre à leur niveau, et de ne plus les voir comme des « bestioles volantes », mais bien comme des habitants du dehors.

Le clou de cette journée nous est apparu sous la forme d’une grande prêtresse. Lors d’une recherche dans les herbes folles du Jardin méditerranéen, l’un de nous a aperçu les couleurs typiques d’un frelon à pattes jaunes (ou « asiatique »), noir et orange. En s’approchant, il a vite remarqué qu’il était immobilisé entre les pattes ravisseuses d’une mante religieuse ! En détaillant davantage la scène, il a également repéré une autre mante, plus petite, et posée sur le dos de la grande au frelon.

La scène était sans équivoque : une femelle mante avait capturé un frelon et commençait à le manger, tout en continuant son accouplement. Repue, a-t-elle ensuite épargné son mâle ? Nous ne le saurons jamais, nous les avons laissés continuer leur vie à l’abri des herbes.

La photo parle d’elle-même, nous garderons longtemps le souvenir de cette scène qui provoqua bien des réactions différentes dans le groupe. 

Sujets des réactions : taille de la mante femelle, petitesse du mâle, différence des couleurs entre eux, agonie du frelon vivant et remuant, placidité de la mante à notre égard, grosseur de l’ensemble des 3 animaux réunis, “utilité” du frelon à pattes jaunes qui nourrit aussi les mantes, cruauté animale, accueil de la biodiversité d’où qu’elle vienne, etc., etc. Passionnant…





Les 3 photos ci-dessus ©François Lasserre




Textes François Lasserre à utiliser, améliorer, partager... WIP !